Jean-Marie BLANCHON

curé de MOLLON

(1802 – 1870)

Voici une chronique citoyenne, écrite par notre citoyen et ami Michel MINCK.

Jean-Marie BLANCHON est né à Meximieux le 28 prairial an X (17 juin 1802) à neuf heures du matin, dans la maison de ses parents, Jean-François BLANCHON, cultivateur à Meximieux, et Claudine RIVOLLET. L’enfant est présenté le jour suivant à la mairie de Meximieux (1) ainsi que l’exigeait la loi de l’époque.

L’intelligence du jeune Jean-Marie est très vite reconnue. Elève au petit séminaire de Meximieux, il achève sa rhétorique (2) à 15 ans. Proclamé premier au concours général des diocèses de Lyon il poursuit ses études dans deux autres petits séminaires de ce même diocèse : à l’Argentière, où il obtient son diplôme de mathématiques (3), puis à Alix où il obtient son diplôme de philosophie (4). En 1821, il intègre le grand séminaire de Saint-Irénée à Lyon où son savoir lui vaut très rapidement un poste de maître de conférences.

L'AUTEUR : MICHEL MINCK

Ingénieur ESIEE Paris et IAE Lyon et citoyen de Meximieux. Engagé dans notre association, Michel est un grand passionné de photo, d’histoire, d’archéologie et de généalogie. Il est aussi académicien de la Dombes, membre associé de l’Académie Florimontane (Annecy) et membre de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Plaine de l’Ain (SHAPA).

Acte de naissance de J.M. Blanchon. Photo de M. Minck (2024)

Jean-Marie BLANCHON, un grand érudit : archiviste, paléographe, latiniste hors-pair et historien…

En 1823, Jean-Marie BLANCHON achève ses études de théologie à Brou et il est ordonné diacre, le 11 juillet 1824 (5), dans la chapelle personnelle de Mgr DEVIE, évêque de Belley. Enfin, il est ordonné prêtre, le 23 octobre 1825 (6).

De 1823 à 1827, il exerce des fonctions de professeur, tour à tour au petit séminaire de Meximieux où il est professeur de 6ème pendant l’année 1824-1825 et professeur de 3ème l’année suivante (7), et à Belley.

Petit, malingre et de santé fragile, ce rythme de vie ne lui convient pas et il demande à être nommé curé d’une petite paroisse de campagne. C’est ainsi qu’il devient chapelain puis vicaire de Mollon dès le 1er octobre 1827 (8). La qualité de ses conseils religieux et même patrimoniaux est telle que les habitants l’adoptent aussitôt. Cela dure jusqu’à son affectation à la cure de Bressolles le 18 janvier 1838.

Laissons le soin de raconter la suite à son ami personnel – Edmond Révérend Du Mesnil (1832-1895), Juge de paix à Meximieux (9) :

« Le souvenir de l’étrange réception qui lui fut faite est encore vivant dans le pays. Nous n’inventerons rien, nous racontons.

Sa petite taille et son air maladif lui valurent dès son arrivée quelques pierres que lui lancèrent les femmes de Bressolles ; le Maire et l’adjoint se sauvèrent devant cette manifestation hostile ; seul, l’instituteur fut chargé de recevoir et d’installer au presbytère l’abbé Blanchon.

L’accueil du magister fut froid et sévère. Il trouva le nouveau pasteur si jeune, que prudemment, il jugea bon de lui faire subir un examen d’école primaire ; il demanda très gravement à son curé s’il savait un peu d’arithmétique, un peu de géographie, un peu d’orthographe. ’J’en sais un peu’, hasarda timidement le candidat improvisé, qui cependant voulut avoir sa revanche. Il posa à l’examinateur un problème de trigonométrie, qui, disait-il, l’occupait depuis plusieurs jours. Stupéfaction du maître, riposte de l’élève, qui, souriant de son embarras, lui demande, en géographie, la situation de deux de ces grandes villes qu’il faut être russe ou persan pour prononcer convenablement, Nijni-Novgorod ou Kermânchâh, par exemple… Nous ne savons pas que l’épreuve ait recommencé de la part du maître. »

L’abbé n’apprécie pas son séjour à Bressolles et fait tout son possible pour retourner à Mollon. Il est appelé à Loyes le 22 février 1839, puis il réintègre définitivement Mollon où il est nommé curé le 16 août 1844 (10). Il y décède d’une maladie pulmonaire le 22 février 1870 dans sa 68ème année (11).

Jean-Marie BLANCHON ne nous a laissé aucune publication. Sans doute a-t-il été trop absorbé par la construction de l’église de Mollon qu’il n’a pas eu le temps de voir achevée.

Il reste toutefois des copies d’un manuscrit, aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs, qui montrent son intention de rédiger un ouvrage historique sur la région de Meximieux. Ce livre n’a jamais été édité.

Comme son auteur, l’œuvre est précise. Il suffit de consulter le fonds documentaire ancien de Meximieux pour s’en rendre compte : tout y est classé, numéroté et analysé. Chaque document fait l’objet d’une notice collée au verso. Le chantier de restauration de ce fonds ancien est actuellement mené par la ville de Meximieux en partenariat avec les Archives Départementales de l’AIN ; les notices manuscrites de Jean-Marie BLANCHON sont une aide précieuse pour comprendre le contenu de chaque document.

Le plus grand mérite de Jean-Marie BLANCHON est d’avoir découvert l’acte de baptême de Claude FAVRE de VAUGELAS à Meximieux, alors que les historiens ont longtemps situé l’événement à Bourg en Bresse où son père était juge-mage. Parmi ses autres grandes réalisations, il a analysé la charte des franchises et libertés de la ville de Meximieux, ainsi que ses confirmations ultérieures (voir l’article consacré à la Charte) puis il a découvert la copie intégrale de l’ensemble de tous ces documents, réalisée au 15ème siècle. C’est ce document – en parfait état – qui a permis la traduction par Adrien FAVRE au 20ème siècle.

Bien avant Adrien FAVRE, Jean-Marie BLANCHON a montré la structure en 95 articles de la charte, mais, curieusement, n’en a pas produit de traduction intégrale.

Jean-Marie BLANCHON est inhumé dans le cimetière de Meximieux avec 2 de ses frères. La tombe est située au bout de l’allée 18.

Il convient d’honorer un grand érudit : archiviste, paléographe, latiniste hors-pair et historien.

Toutes les photos de l’article, sont des photos de M.Minck (2024).

Les sources :

(1) Archives départementales de l’Ain – FRAD001_EC LOT58963 – Meximieux 1801 – 1802 – (An X) vue 15/40

(2) Biographie de l’Abbé BLANCHON par Edmond Révérend Du Mesnil – Éditions Aimé Vingtrinier – Lyon, 1870 – BNF ( disponible sur Gallica). Remarque : le niveau du diplôme est comparable à celui du BAC de Français

  

(3) Idem note 2. Remarque : le niveau du diplôme est comparable à celui d’un BAC S. Le petit séminaire de l’Argentière est situé à Aveize (Rhône) cf. : Forez histoire

(4) Idem note 2. Remarque : le niveau du diplôme est comparable à celui d’un BAC L.

 

(5) à (8) Archives diocèsaines de Belley-Ars 31 rue du Docteur Nodet 01000 Bourg-en-Bresse

(9) Biographie de l’Abbé BLANCHON par Edmond Révérend Du Mesnil – Éditions Aimé Vingtrinier – Lyon, 1870 – BNF (disponible sur Gallica)

(10) et (11) Archives diocèsaines de Belley-Ars

Cimetière de Meximieux.
Au premier plan, la tombe de J.M. Blanchon.
Cimetière de Meximieux.
Détail de la stèle de J.M. Blanchon.
Cimetière de Meximieux.
Au premier plan, la tombe de J.M. Blanchon
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